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Entrevue avec Italo Vignoli (http://www.documentfoundation.org/foundation/board/the-board-for-2012-2014)
par : Swapnil Bhartiya, le 31 juillet 2014
Traduction par Steve Nadeau (stevenado@gmail.com), le 28 août 2014 depuis l’article original http://www.themukt.com/2014/07/31/never-use-microsofts-ooxml-format

Les raisons pourquoi vous ne devriez jamais utiliser le format pseudo standard OOXML de Microsoft.

Le gouvernement britannique a récemment annoncé qu’il utilisera le format de document standard ISO ODF pour éditer et partager les documents du gouvernement. C’est un changement important parce qu’il rompt ses attaches avec Microsoft qui est la compagnie américaine « contrôlant et possédant » tous les documents créés sur Terre. Microsoft est malheureusement célèbre pour employer des moyens non éthiques pour rendre plus difficile l’offre d’interopérabilité d’autres acteurs avec leurs produits, lesquels peuvent menacer les parts de marché de Microsoft.
Ainsi nous avons contacté Italo Vignoli de la fondation document, l’organisation responsable du développement de LibreOffice, lequel est un embranchement de OpenOffice, pour comprendre les risques à utiliser le format OOXML.

Swapnil Bhartiya: Quels sont les problèmes pratique et technologique liés à l’utilisation des produits de Microsoft ou du format OOXML (exemple: DOCX, XLSX et PPTX)?

Italo Vignoli: MS-Office menotte l’utilisateur pas seulement avec ses formats propriétaires, mais aussi avec le format pseudo-standard OOXML. Cela est dû à la façon que le supposé format standard est manipulé par MS-Office.

En fait, chaque version de MS-Office depuis la version 2007 possède une implémentation différente et non standard du format OOXML. Ce dernier est défini comme étant « transitoire » parce qu’il contient des éléments qui seraient obsolètes pour un standard, mais seraient encore là pour des raisons de compatibilité.

Bien que LibreOffice gère équitablement la lecture et l’écriture du format OOXML, il est impossible d’obtenir une interopérabilité parfaite à cause de ces différentes versions non standards. En plus des incompatibilités de format, Microsoft, avec OOXML, a introduit des éléments qui peuvent forcer l’utilisateur à produire un document qui ne soit pas interopérable, comme c’est le cas avec l’inclusion des polices de caractères de la série C* (pour l’instant Calibri et Cambria).

Les polices de la série C* sont le choix par défaut des documents produits avec MS-Office, mais leur licence interdit aux utilisateurs des autres suites bureautiques de les utiliser pour l’édition de document (car vous devez posséder une licence de MS-Office).

Ainsi un utilisateur de LibreOffice qui reçoit un document au format OOXML sera en mesure de l’ouvrir correctement, mais le document ne sera pas identique car les polices de la série C* seront automatiquement remplacées par une autre.

La plupart du temps, l’utilisateur de LibreOffice pensera que le document n’est pas identique à cause de LibreOffice et non à cause de Microsoft qui l’a induit intentionnellement dans une « incompatibilité visuelle ».

Donc l’utilisation de MS-Office avec le format natif OOXML est un problème pour tout le monde et plus il y aura de monde qui utilisera le format OOXML plus il y aura de documents non standards dans les environs.

Swapnil Bhartiya: Le format OOXML a été approuvé «illégalement» comme standard ISO en dépit du format ODF étant déjà un standard. Combien de spécifications du format OOXML sont utilisées dans les produits de Microsoft?

Italo Vignoli: Je ne suis pas d’accord avec la déclaration que « Le format OOXML a été approuvé «illégalement» ». D’un autre côté, il a été approuvé en fonction d’un processus de raccourci lequel était totalement inadéquat pour un tel standard. Cela a permis à Microsoft l’opportunité d’utiliser la «politique» plutôt que le processus habituel (ce qui permet de comprendre pourquoi deux standards de documents est une absurdité).

Présentement, Microsoft utilise les spécifications OOXML, mais ne les utilise pas systématiquement comme il serait requis de le faire entre les différentes versions de ses logiciels. Alors, nous avons les formats «transitoire OOXML2007», «transitoire OOXML2010» et «transitoire OOXML2013» en plus du format «strict OOXML2013» (lequel n’est pas le choix par défaut dans MS-Office 2013, par conséquent personne ne l’utilise).

Les utilisateurs de MS-Office ne sont pas conscients de cette situation et produisent un «éventail» de différentes versions de documents lesquelles causent un problème pour l’interopérabilité.

Swapnil Bhartiya: L’interopérabilité entre les fichiers créés avec MS-Office et les autres suites existantes comme LibreOffice, « Google Docs » ou Calligra, est un cauchemar. Quelle est la raison de cette non-interopérabilité ?

Italo Vignoli: LibreOffice est une suite bureautique libre et gratuite qui offre le meilleur niveau d’interopérabilité avec les documents de format OOXML, bien que ce ne soit pas ni ne sera jamais parfait. Le problème est relatif à l’usage non standard du «standard OOXML» par MS-Office ainsi que l’usage des polices de la série C*.

Évidemment Microsoft a introduit les polices de la série C* lorsqu’il a dû remplacer les formats de documents propriétaires par un standard (bien que mal géré) de façon à étendre artificiellement les problèmes d’interopérabilité à l’apparence visuelle.

Microsoft est extrêmement efficace lorsque vient le temps de menotter les utilisateurs, même avec des solutions créatives. Bien sûr que de menotter ne prévoit pas d’interopérabilité, qui est un concept opposé. À cause de cela, Microsoft innovera toujours dans sa façon de définir l’interopérabilité en créant de nouveaux verrous afin de mieux vous menotter.

Swapnil Bhartiya:Est-ce que Microsoft fait quelque chose pour rendre la tâche plus difficile aux autres développeurs pour travailler avec leur format OOXML ?

Italo Vignoli : Microsoft essaie apparemment de rendre plus facile le travail avec leur format OOXML. Récemment, la compagnie a publié la trousse de développement logiciel OOXML sous licence Apache (sans aucun doute Microsoft ne publiera jamais de quoi sous une vraie licence telle que la GPL, LGPL ou MPL).

À bien y penser, les vraies actions contre l’interopérabilité ne seront jamais faciles à identifier. Microsoft est bien trop futée pour laisser l’écosystème suspecter un problème potentiel avec les formats de documents basés sur un obstacle spécifique intégré au standard. Par exemple, il a fallu beaucoup de temps pour identifier la ruse concernant les polices de caractères de la série C* intégrées aux dernières versions de MS Office, et la plupart des utilisateurs, incluant les gestionnaires en technologie de l’information des corporations, sont complètement inconscients de cela.

Swapnil Bhartiya: Quels sont les risques à long terme pour les gouvernements et les organisations d’utiliser les formats de Microsoft ? Que se passera-t-il si Microsoft fait faillite dans 10 ans ?

Italo Vignoli: Je ne vois pas Microsoft faire faillite en aucun temps dans le futur, évidemment ça ne change en rien à la grosseur du problème. En choisissant les formats de Microsoft, les gouvernements et les organisations remettent à plus tard remettent à plus tard leur possibilité d’être maître chez soi et préfèrent pérenniser leur dépendance avec les fournisseurs actuels.

Malheureusement, les lobbyistes ne se soucient guère des utilisateurs autant qu’ils se soucient des actionnaires. L’histoire des 30 dernières années démontre que les lobbyistes font tout en leur pouvoir afin d’obtenir leur part de marché et par le fait même de tordre les bras des utilisateurs si ceux-ci essaient de se libérer de leurs menottes. Cela est vrai pour les suites bureautiques autant que pour les bases de données ou tout autre type d’application pour les entreprises.

Les gouvernements et les organisations, en laissant perdurer cette situation, ne font pas que créer un problème aux utilisateurs, mais aussi à eux-mêmes. Avec un peu de chance, la décision du gouvernement britannique favorisera la croissance d’une mentalité basée sur l’interopérabilité.

Dans les faits, il y a déjà des organisations et des gouvernements qui ont reconnu des standards indépendants tels qu’ODF (format ouvert de document), mais personne d’entre eux, pour l’instant, n’a été capable de prendre une ferme décision telle que celle prise par le gouvernement britannique. C’est la raison pourquoi nous sommes aussi excités et portons un regard sur les effets positifs que cela aura dans l’écosystème global des suites bureautiques.

Swapnil : Quels sont les bénéfices à utiliser le format ODF ? Pourquoi un gouvernement, une organisation ou un individu devraient-ils y porter attention ?

Italo Vignoli : Le format ODF a été développé pour être un format standard de document par OASIS, un consortium à but non lucratif qui dirige le développement, la convergence et l’adoption de standards pour la société mondiale de l’information. Ce standard est basé sur le format de document originalement développé par OpenOffice.org (qui était lui-même basé sur le format XML). En tant que tel, il a toujours été un format indépendant de tout propriétaire.

Les membres d’OASIS représentent largement les chefs de file en technologie, les utilisateurs et décideurs du secteur public et du secteur privé. Le consortium a plus de 5000 participants représentant plus de 600 membres d’organisations et particuliers de plus de 65 pays dans le monde.

Le format ODF représente la solution face au menottage liés aux formats de documents de manufacturiers, parce qu’il est supporté nativement par les suites bureautiques LibreOffice et OpenOffice d’Apache, en plus d’être reconnu par MS Office (et plusieurs autres logiciels libres et propriétaires).

En utilisant le format ODF, les gouvernements, les organisations et les individus deviennent le seul propriétaire du contenu qu’ils ont produit étant donné qu’il y aura toujours un logiciel libre capable de lire et écrire dans ce format de document. De cette façon, ils ne seront pas forcés d’acheter une licence de logiciel propriétaire pour lire et écrire leur propre contenu.

Swapnil : De plus, le format ODF est un outil standardisé et neutre pour un développeur de logiciel, cela en fait un atout indéniable pour les compagnies européennes, car elles peuvent construire leur commerce indépendamment des documents. Tandis que le format OOXML est seulement un outil pour un développeur servant à nous menotter tous.

À quel point cela est-il vrai ?

Italo Vignoli : Actuellement, le format ODF ne représente pas une opportunité seulement pour les entreprises européennes, mais aussi pour les entreprises basées sur d’autres continents, incluant l’Amérique du Nord. Dans les faits, passer à l’utilisation du format ODF nous amène à avoir une approche différente avec les formats de documents. Nous ne nous sommes jamais arrêtés à y réfléchir auparavant. Durant plusieurs années nous avons été endoctrinés avec une philosophie considérant que l’interopérabilité devait se fonder sur les formats de fichiers MS Office.

Le format ODF étant indépendant d’un fournisseur, cela représente plutôt l’intérêt des utilisateurs que celui des compagnies désireuses de protéger leur marché en y menottant l’utilisateur dans un format de document de façon à le menotter dans une application logicielle spécifique. Le format ODF encourage la compétition entre les applications bureautiques et cela ne peut qu’être bénéfique pour l’utilisateur (considérant que l’utilisateur peut aussi bien être un gouvernement, une organisation, une entreprise ou un individu).

Swapnil : À quel point est-il difficile ou facile de migrer du format de documents OOXML vers ODF ?

Italo Vignoli : La compatibilité de LibreOffice avec le format OOXML s’est améliorée à un tel point qu’à ce jour la plupart des documents ouvrent sans différence perceptible avec l’application originale, et vice-versa. Cela permet que la migration des documents du format OOXML vers ODF soit une opération extrêmement simple pour plus de 90 % de tous les documents, et nécessite que de mineurs ajustements pour un 9 % et le 1 % restant nécessite une plus grande attention.

Swapnil : Google et Apple ne supportent pas le format ODF : y a-t-il des pourparlers entre « La fondation document » et ces compagnies ?

Italo Vignoli : Nous avons eu des discussions avec Google au sujet du support du format ODF dans l’application « Google Docs » depuis fort longtemps, mais il semble qu’il y ait une déconnexion entre le groupe de partisans du logiciel libre et celui développant « Google Docs » (lequel ne prend en compte seulement les requêtes utilisateurs). La situation pourra changer (et heureusement elle changera) suite à la décision du gouvernement britannique, sinon « Google Docs » sera sorti du marché britannique.

Pour « Apple », c’est une tout autre histoire, étant donné qu’il n’y a jamais eu de discussion entre « Apple » et « la fondation document ». Évidemment, les produits « Apple » seront frappés de la même manière par la décision du gouvernement britannique, mais je ne peux pas spéculer sur les conséquences étant donné que j’ignore de quelle façon leurs produits sont développés.

Dans les deux cas, la décision du gouvernement britannique est partie pour changer les règles du jeu, parce que la demande pour le support du format ODF sera bientôt soulevée par les utilisateurs britanniques pas seulement pour les produits de Google et Apple, mais aussi pour les progiciels de gestion d’entreprise tels que SAP.

Swapnil : Google essaie de pousser ses « Docs » aux écoles et gouvernements. De quelle façon le mauvais support du format ODF pourra-t-il l’affecter ?

Italo Vignoli : En ce moment, je ne crois pas que le manque de support pour le format ODF puisse affecter l’adoption de « Google Docs » par les gouvernements et les écoles autant que ce qui concerne la confidentialité et la propriété du contenu des documents une fois que ceux-ci sont déposés dans les serveurs de Google. Naturellement, dans la perspective que le manque de support du format ODF soit un problème, spécialement suite à la décision du gouvernement britannique, aujourd’hui ça ne semble pas être le cas.

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